
L'ÉTINCELLE : Comment nous nous sommes lancés dans cette mission ?
Assise en face d'un jeune tisserand de pashmina/cachemire d'une vingtaine d'années au Cachemire à l'été 2011, en Inde (l'une des zones de conflit les plus dangereuses et les plus anciennes du monde, depuis six décennies), discutant de la vie au Cachemire autour d'une tasse de Kahwa chaud (thé vert local épicé), il déclare d'un ton très désinvolte, sans la moindre hésitation : « Il est plus rentable d'être terroriste que d'être artisan sur ce métier à tisser ».
J'ai eu l'impression d'avoir été le pion inconscient, qui avait marchandé chaque châle (négocier était de toute façon la moitié du plaisir d'acheter !), sachant très bien que le prix n'achèterait pas une semaine de provisions et que le châle aurait pris au moins six semaines à fabriquer. Ma culpabilité, ma naïveté et l'optimiste invétérée en moi lui ont demandé : « Comment se fait-il que le tissage de la laine la plus fine du monde – le pashmina – ne soit pas plus lucratif que de tuer sa conscience et ses semblables ?
« Eh bien, vous avez toujours du pashmina moins cher fabriqué à la machine dans les pays voisins, très peu de gens se soucient vraiment assez de l'art ou des artisans ? » a-t-il répondu.
Le premier choc à mon insouciance et à mon agitation avait été déclenché, ce qui m'a amenée à lancer la « Collection Gulmarg » de Protsaah. Des écharpes en pashmina/cachemire socialement responsables, authentiques et faites à la main, provenant de manière éthique de la vallée de Srinagar au Cachemire, son lieu de naissance.

